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Ethnologies d'Europe et d'ailleurs || QUELQUES ASPECTS DE L'ETHNOBOTANIQUE OBSTETRICALE DANS LES TRADITIONS EUROPEENES : ONGUENT DES SORCIERES ET PLANTES DES MATRONES

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جلد:
36
سال:
1986
زبان:
french
رسالہ:
Civilisations
DOI:
10.2307/41229465
فائل:
PDF, 845 KB
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1

Ethnologies d'Europe et d'ailleurs || LA NOUVELLE SAGESSE DES FEMMES

سال:
1986
زبان:
french
فائل:
PDF, 1.35 MB
QUELQUES ASPECTS DE L'ETHNOBOTANIQUE OBSTETRICALE DANS LES TRADITIONS
EUROPEENES : ONGUENT DES SORCIERES ET PLANTES DES MATRONES...
Author(s): Marc LE COURT
Source: Civilisations, Vol. 36, No. 1/2, Ethnologies d'Europe et d'ailleurs (1986), pp. 55-71
Published by: Institut de Sociologie de l'Université de Bruxelles
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/41229465 .
Accessed: 17/06/2014 21:20
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QUELQUES ASPECTS DE Lf ETHNOBOTANIQUEOBSTETRICALE DANS
LES TRADITIONS EUROPEENES : ONGUENTDES SORCIERES ET
PLANTES DES MATRONES.. .
Marc LE COURT
en Europe
recueillies
traditions
Les
populaires
était vécu comme un acte
montrent que l'accouchement
dont le déroulement pouvait être gravement perturbé par
ou par des sorcières.
de mauvais esprits
en Hesse, en Suisse,
Ainsi par exemple en Bavière,
de leur action éventuelle
en Pologne, on se protégeait
en barrant la porte de lf accouchée avec des instruments
sont
et
déjà
croyances
qui
pratiques
symboliques,
attestées
dans les écrits
de Saint Augustin (1).
Si dans une période assez récente les folklori stes
ont relevé bien des croyances relatives
à la
sorcellenous semble-trie en Europe occidentale,
il convient,
de ne pas négliger le fait que la plus riche docuil,
en
mentation dont nous disposons quan; t à la sorcellerie
à sa
est
constituée
Europe
par les textes relatifs
en
et religieuse
qui s'effectua
prohibition
judiciaire
entre le XlIIe et le XVIIIe siècle.
Europe occidentale
comme margiCette
"considérée
autrefois
question
nale
et même frivole
est devenue au cours des quinze
- ainsi
dernières
années"
C.
fait
observer
que le
d'une
discussion
(2)
historiograGinzburg
"l'objet
et aujourd'hui,
même si bien des
phique internationale"
meilleurs
les
sont
encore controversés
(3),
points
à reconnaître
s'accordent
spécialistes
que l'image
du mélange
est le résultat
canonique de la sorcellerie
venus de sources
d'éléments
notamment
différentes,
refoulées
d'anciennes
traditions
par le
populaires
du
en
christianisme
développement
Europe.

55 Civilisations

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Nous nous proposons
brièvement
montrer
ici.de
de la situation
comment l'interrogation
de la
sagele
de cette
femme dans
contexte
sorcellerie
nous
à
une
renconter
conduit
importante
question
df ethnobotanique
comme
qui semble pouvoir s'appréhender
un legs
de civilisations
très
comme un
anciennes,
des
fragment d'un vaste et complexe problème d'histoire
religions.
1. DE L'INFANTICIDE

A LA QUESTION DES ONGUENTS

En 1581,
Jean Bodin parle
d'une
l'inquisiteur
trois sages-femmes
sage-femme accusée de sorcellerie;
figurent
parmi les sorcières
jugées à Schongau en Bavière
en 1589 (4a),
et en Angleterre
deux autres,
d'être des sorcières,
furent rayées de la
suspectées
profession en 1661 et 1667 (4b).
Même si
le nombre de procès faits à des
sagesfemmes semble relativement
il est incontestable
faible,
que cette
profession qui ne se médicalisera
que très
visée
dans
les
progressivement/ est tout spécialement
écrits qui nous sont parvenus.
L'un
des
des
ouvrages les plus fameux traitant
le
Malleus
maleficarum
sorcières,
publié
par les
Dominicains
et
en
Institutoris
assure
1489
Sprenger
celles
étaient
11)
(partie
1, question
qui
que
sagesfemmes assassinaient
les nouveau-nés,
soit in utero en
un avortement,
soit
la
provoquant
juste
après
ou
bien
d'un
naissance,
encore,
qu'elles
profitaient
moment de répit pour consacrer
à Satan.
l'enfant
Une
nous
disent
ses
aurait
sage-femme suisse,
auteurs,
confessé
avoir
tué
bébés
en leur
plus de quarante
à
le
crâne
l'aide
d'une
au
cours
de
perçant
aiguille
l'accouchement
(4c) .

56 Civilisations

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De tels
faits parfois désignés
comme étant
crime le plus abominable des sorcières/ constituent
accusation
qui revient constamment dans les textes.

le
une

Ainsi le Tractacus de fascinationes
publié en 1575
assure
c'est
le
Diable
commande
aux sagesque
qui
femmes de tuer les enfants ou de les lui consacrer,
et
un peu plus
en
en
son
1581, Jaquier ,
tard,
Flagellum
hereticorum
en étranfascinariorum, affirme que c'est
à
les
nouveau-nés que les sorcières
obéissent
glant
leur maître en vue d'éviter
le baptême des enfants.
De son côté,Boguet
considère
que c'est après avoir
consacré
l'enfant
au Diable que la sorcière
le tue en
son ongle
dans la
se
enfonçant
tête,
opinion
qui
retrouve
aussi bien dans le livre de Hiltprand sur les
sages-femmes en 1595 que dans le Compendium maleficarum
de Guaccius en 1626 (4d).
Les textes qui nous sont parvenus fournissent
des
éléments
de comprendre
les
permettant
peut-être
ressorts
de telles
car
ils
profonds
accusations,
- réel
donnent de curieuses
sur l'emploi
ou
précisions
- que les
sorcières
faisaient
des
supposé
corps
d'enfants
non baptisés
De très
dans leurs pratiques.
nombreux auteurs parlent en effet,
non seulement d'un
cannibalisme
et sorciers,
des sorcières
mais aussi
de
l'utilisation
de la chair de nouveau-nés pour préparer
à la totalité
des
des actes
onguents qui sont associés
de la sorcière,
du transport aérien pour se rendre
au
à la transformation
Sabbat
en animaux divers,
plus
en loups-garous.
particulièrement
à propos
Ainsi, par exemple, J. Wier rapporte-t-il
des
sorcières
"font bouillir
un enfant en un
qu'elles
vaisseau
de cuivre, en prennent la graisse
qui nage audessus et font épaissir
le dernier bouillon
en manière
d'un consommé; puis elles
serrent cela pour s'en aider
à leur usage" (5).
Pour J. Cardan , lf onguent peut être

57 Civilisations

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à partir
"de la graisse
de petits
enfants
fabriqué
tirés hors et pris aux sépultures"
(6) et J. de Nynauld
(7) reprend lui aussi cette affirmation.
Ces préparations
dans les
accusations
jouant
un rôle des plus important, puisque c'est
d'infanticide
leur réalisation
qui paraît concrètement les justifier,
méritent
donc de retenir tout particulièrement
notre
attention.
cises

En fait nous disposons
sur leur composition.

d'informations

assez

pré-

A la chair d'enfant^J.
Wier précise que les
sorcières
"du persil,
de l'eau
des
ajoutent
d'aconit,
feuilles
de peuple et de la suye" , ou bien
"de
la
de l'aconum vulgaire,
de la quinte-feuille,
du
berle,
de la morelle endormante, et de
sang de chauve souris,
l'huile".
Il
nous fournit également une troisième
recette
essentiellement
de plusieurs
utilisant
les
graines
: ivraie,
plantes
ciguë, pavots rouges et
jusquiame,
laitue et pourpier".
De chacune de ces
choses
noirs,
De l'herbe
belladone
prendre quatre parties.
prendre
une partie.
Faire de l'huile
de toutes ces choses selon
En chaque
once de cette préparation , il
l'art.
faut
un
scrupule d'opium thébaîque".
ajouter
La consommation d'un scrupule ou d'un scrupule et
demi de cette préparation
est suivie d'un somme de deux
nous
De semblables
recettes
sont
jours,
précise-t-il.
données
d'autres
de
auteurs
tels
J.
également par
que
Un
J.
J.B.
nombre
Porta...
bon
(8).
Nynauld,
Cardan,
des plantes qui forment la base de ces préparations
à
en particulier
celles
des
la
famille
appartenant
Solanées
qui contiennent justement des produits chimi- sont
des
ques
pouvant passer à travers la peau (9)

58 Civilisations

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végétaux dont la consommation entraîne une modification
plus ou moins ample et prolongée du champ de conscience
de l'utilisateur...
Ceci est particulièrement
important car depuis une
se
d'années
vingtaine
développent des recherches approrôle que jouent dans
de
fondies
sur le
la
culture
nombreux groupes humains les divers intoxicants
la
que
nature met à la disposition
des hommes. Ces travaux ont
conduit W. La Barre, spécialiste
des questions
de chamanisme en Amérique du Nord, à formuler une hypothèse
(10) travaillargement acceptée par les anthropologues
lant sur le problème des intoxications
volontaires.
cet
Selon
le large usage de substances
auteur,
le chamanisme du Nouveau Monde
dans
psychédéliques
serait un héritage des pratiques
des populations
paléoet mésolithiques
du Vieux Continent qui vinlithiques
rent peupler l'Amérique et le développement des grandes
occidentales
aurait occulté
un chamanisme
religions
initial
fondamentalement usage de produits
qui faisait
enivrants autres que les boissons
fermentées.
La sorcellerie
de l'époque
chrétienne livre
donc
des
éléments d'information
de nature à confirmer quelen comparant les croyances
et
que
peu son hypothèse,
avec celles
exispratiques
qui nous sont rapportées,
tant
encore
dans
d'autres
civilisations
aujourd'hui
(11).
Cette sorcellerie
européenne du Moyen Age et de la
Renaissance
semble avoir été plus
une
spécifiquement
de femmes et,
affaire
comme le
fait
R.
remarquer
Kieckhefer (12), certains
font
de
état
mères
procès
qui
transmettent leur savoir à leurs filles
ou à des jeunes
filles.
comme cet auteur,
nous estimons que les
Si,
textes qui parlent d'enseignement
d'art magique font en
réalité
à la transmission
référence
de recettes
de
médecine et d'herboristerie
il nous paraît
populaires,

59 Civilisations

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d fessayer de
que la question se pose tout naturellement
ce
sont
des
femmes et
comprendre pourquoi
justement
les
semblent
plus
sages-femmes
particulièrement
qui
les
avoir
été autrefois
dfun savoir
détentrices
dans
la connaissance
des plantes intoxicantes
tenait
lequel
une place extrêmement importante.
Peut-être
sera-t-il
de fournir
des
possible
éléments de réponse en interrogeant
ce que nous pouvons
de ces plantes.
savoir de quelques-unes
2.

REGARDS SUR QUELQUES INGREDIENTS

Les recettes
mentionnent la
berle , c'est-à-dire
cette plante,
inoffensive
l'ivraïe,or
rigoureusement
devient
est
par elle-même
toxique (13)
lorsqu'elle
contaminée par un petit champignon, le Claviceps
purpurea
dont les composants chimiques ont donné dans
L.,
les
années
le
nom de
1960-70 le produit connu sous
Ce champignon forme une excroissance
L.S.D.
noire, dure
en forme d'ergot;
il se développe non seulement
sur
l'ivraie
mais aussi sur le blé et le
ce
seigle,
qui
à plusieurs
à l'origine
dans l'histoire,
fut,
reprises
des épidémies de "mal des ardents" ou "feu St. Antoine"
(14).
Cet ergot,
non seulement nous le voyons figurer
dans certains
herbiers de la Renaissance
tel celui d 'A.
Lonicer qui en 1582 le présente comme "un remède éprouvé contre les trémulations
et douleurs de la
matrice"
et le
recommande par voie orale pour faire venir
les
c'est-à-dire
les
mais
il
est
connu
fleurs,
règles,
déjà
(15).
par Hippocrate pour son action sur l'utérus
Utile
il est aussi
la
pour l'accouchement
plus
fameuse des plantes abortives
traditionnelles,
remarque
Shorter en rappelant que,
E.
connu en Allemagne
sous
les
noms de "poudre de matrice" ou parfois
même de
"mort aux enfants",
son usage y fut parfois
interdit

60 Civilisations

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de ce
L'emploi
par exemple à Hanovre en 1778 (15).
sur
une
est
attesté
très
de
large
champignon
partie
En
ainsi
le
Gélis
J.
(16)
effet,
que
rappelle
l'Europe.
- en particulier
le
"Dans
dans
régions
plusieurs
où
ce
recours
semble
au
18e
siècle
Lyonnais
fréquent
les
utilisent
de
matrones
volontiers
l'ergot
seigle
font prendre dans de la tisane,
de l'eau
ou du
qu'elles
vin pour accélérer
les contractions",
et
lors
d'une
sur les
traditions
des
matrones
enquête
populaires
il
celles-ci
lithuaniennes,
n'ignoraient
apparut que
rien de ses propriétés
Une autre plante abortive,
(15).
la sabine,
nous est elle aussi parfois dite entrer dans
la composition de l'onguent des sorcières
(17).
Si
nous nous reportons aux écrits
médicaux
d'une
dominait encore largement
la
époque où l'herboristerie
très vite que les cas de l'ergot
pharmacie, il apparaît
et de la sabine ne constituent
et
pas des exceptions,
fait
les plantes les plus
souvent
mentionnées
qu'en
dans les recettes
de sorcières,
celles
qui constituent
les
les
de
la
flore
"drogues"
plus
puissantes
sont
aussi
des
aux propriétés
européenne,
simples
et thérapeutiques
voisines
dont l'emploi
chimiques
concerne plus particulièrement
les femmes.
Ainsi A. Trousseau,
au terme d'une étude consacrée
à la
écrit
: "ayant
(18a)
belladone,
expérimenté
le datura stramoine et la belladone
il
comparativement
m'a été impossible
de saisir
la plus légère
différence
entre
ces deux plantes sous le point de vue toxique ou
si
ce n'est que le datura produit
les
thérapeutique,
mêmes effets à une dose un peu moindre (...)
ce que je
viens de dire du datura stramonium s'applique
à presque
tous
les
daturas connus,
à la
s'applique
également
à la morelle,
à la jusquiame;
si ce n'est
mandragore,
ces
deux dernières
solanées
ont une
action
que
évidemment moins puissante
dont je viens de
que celles
Fait
cet auteur
parler".
pour nous capital,
précise
les
(18b)
douleurs
utérines
que pour calmer
qui

61 Civilisations

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si
souvent
la
menstruation
ou
les
accompagnent
de l'utérus,
il
utilise
des
phlegmasies
chroniques
de décoction
de belladone,
et indique
injections
de
cette
lors
d'accouchements
l'emploi
plante
difficiles.
ne se dilatait
Lorsque le col de l'utérus
de violentes
et
contractions
pas
après
longues
certains
accoucheurs
l'enduisaient
d'une
utérines,
de cérat de belladone
pommade composée
pour faire
cesser
la
du
tout
en
donnant
rigidité
col,
éventuellement
en même temps de l'ergot
de seigle
afin
des contractions...
On voit donc
d'augmenter l'énergie
la
belladone
être
expressément nommée comme pouvant
utilisée
et il nous est
clairement
pour l'accouchement
dit
et datura stramoine
ont
que morelle,
jusquiame,
fondamentalement les mêmes propriétés...
A l'époque
où écrit ce spécialiste
la mandragore,
auteurs de la
tel
que certains
Renaissance,
Laguna
disent entrer dans la composition des
(19),
onguents,
est
du monde médical
déjà largement exclue de l'usage
mais il
n'en a pas toujours
été ainsi pour la
(20),
des plantes associées
à la
sorcellerie
plus légendaire
au Moyen Age, entre
avec la jusquiame
et
la
qui,
belladone
dans la composition des éponges
somnifères
les
parfois
employées par les chirurgiens
pour calmer
douleurs en cas d'accouchements
difficiles
et prolongés
(21).
La forme de sa racine peut évoquer un corps humain
aussi
la mandragore fut-elle
dès l'Antiquité
regardée
comme étant
ce
semi-humaine,
qui explique
peut-être
dans de nombreuses
la
pourquoi
régions
d'Europe
tradition
la
un
comme
talisman
populaire
présentait
la prospérité
de
bénéfique assurant à son propriétaire
sa maison dans
ses
biens matériels
comme dans
sa
descendance
(22) .

62 Civilisations

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avec
de
L'Ancien
Testament atteste,
l'histoire
à
la
des
l'associant
Jacob (23a),
croyances
l'antiquité
et dans le monde grec,
où l'on
fécondité
féminine
du pouvoir
une comédie d'Alexis
faisant état
connaît
de
texte
du
ses
baies
est
fécondant
qui
peut-être
jus
à l'origine
d'une pièce de Machiavel laquelle
repose
sur l'idée
également
que la plante est le remède à la
d'une
femme -,
elle est pour certains
la
stérilité
plante de la magicienne Circe, et Aphrodite est parfois
celle
de la
dite
mandra"mandragor iti s" c'est-à-dire
gore (23b)...
Cette
dès le Ve siècle
plante figure également,
avant
J.C.
dans les écrits médicaux (24) remarque
J.
en rappelant
les principales
informations dont
Bouquet
nous disposons...
connaît l'emploi
de sa racine bouillie
Hippocrate
dans du vin et associée
à la jusquiame
et conseille,
des affections
d'utiliser
pour traiter
gynécologiques,
le suc de la plante en pessaires
et le jus des baies en
Au IVe siècle
la
injections
vaginales.
Théophraste
et macérée dans du vinaigre,
comme
grattée
prescrit,
et comme somnifère.
aphrodisiaque
Au 1er siècle
à qui
l'on
après J.C.
Dioscoride,
attribue
l'invention
d'une nouvelle
technique de préparation par écrasement des racines fraîches,
concentration par evaporation
au soleil
et conservation
en vases
de terre, indique l'utilisation
de ses racines macérées
dans l'huile
Comme Théol'accouchement.
pour faciliter
la
est
phraste il considère
que
plante
aphrodisiaque.
Nous sommes donc en présence de plantes
dont la
consommation engendre un délire temporaire et qui, même
si
elles
d'autres
thérautilisations
peuvent recevoir
furent
très tôt connues et employées
peutiques,
pour
faciliter
et
l'avortement
l'accouchement,
provoquer
certains
troubles spécifiquement
féminins.
soigner

63 Civilisations

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sorcières
Les
connaissaient
incontestablement
mais
il
nous paraît
leurs
enivrantes,
propriétés
de considérer
raisonnable
n'ignoraient
qu'elles
pas les
autres
sont
attestées
dans
les
traditions
qui
relevées
bien après qu'ait
l'usage
populaires
disparu
des
onguents.
En effet,
est
sorcière
l'image canonique de la
à
celle
d'une
femme se déplaçant
dans
les
airs
califourchon
sur un balai.
Avant d'enfourcher
celui-ci,
ou bien elle s'est
graissé,
ointe,
de
son
parties
corps pour faire
manière à faciliter
la pénétration
auteurs tel J. de
disent certains
tel Bergamo en 1470-71
que d'autres
s'enduisait
sous les bras
qu'elle
droits velus ainsi que parfois sous

elle
ou bien
l'a
frottant certaines
la
rougir
peau de
du produit,
nous
tandis
Nynauld (25),
(26) nous précisent
et en d'autres
enles cheveux...

Si nous acceptons ces témoignages,
nous ne pouvons
à
M.J.
que rejoindre
l'opinion
exprimée par
Harner,
savoir
l'utilisation
d'une
d'un
ou
balai
que
baguette
était certainement plus qu'un acte
qu'ils
symbolique,
à appliquer
servaient
sur les
sensibles
l'onguent
membranes vaginales
L'attestation
dans les écrits
(27).
de cas
médicaux
d'intoxications
accidentelles
lors
de
des
à
lavements
avec
de
base
d'emploi
préparations
certifie
l'efficacité
de
la
(28)
jusquiame
technique
des sorcières.
Dans ces conditions,
il nous semble hors de doute
ces
dont
on
"sorcières"
sait qu'elles
les
étaient
que
d'une
médecine
traditionnelle
spécialistes
populaire
faisant
fondamentalement
à
appel
l'herboristerie,
connaissaient
l'ensemble
des
effets
sur l'appareil
sexuel
féminin des diverses
formant
la
base
plantes
concrète de leurs onguents.

64 Civilisations

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CONCLUSION
les accusations
d'infanPrendre en considération
à
des
lf
encontre
ticides
sages-femmes dans les
portées
à nous intéresser
de
sorcellerie
nous
a
conduit
procès
à la question des onguents des sorcières.
Si
ceux-ci étaient
censés être composés de chair
ils apparaissent
surtout avoir
d'enfants non baptisés,
été fabriqués à partir d'un mélange de plantes dont les
de certaines
d'entre
elles
propriétés
thérapeutiques
sont telles
que nous sommes apparemment en présence
d'un aspect important et méconnu, non seulement de la
mais aussi,
en fait de
gynécologie
ancienne,
populaire
- particulièrement
la
sexualité
de celle
des femmes de l'Occident
pré-chrétien.
Cet aspect des onguents de sorcières
permet, en
des
partie au moins, de comprendre pourquoi, à l'époque
procès, ce savoir botanique paraît être essentiellement
féminin.
de
Cependant nous savons, d'abord que l'accusation
sorcellerie
concernait
également des hommes, ensuite
à la
de ces croyances
est
antérieure
qu'une
part
et
diffusion
du
enfin
la
christianisme,
que
à
connaissance
des
vertus
des
remonte
plantes
la mandragore y étant déjà
telle
certaines
l'Antiquité,
auréolées
de légendes.
Etant donné que les plantes des sorcières
sont non
seulement
des remèdes mais aussi des végétaux dont la
consommation
une modification
provoque
plus ou moins
et
du
de
des
conscience
ample
champ
prolongée
utilisateurs
il
nous semble
d'introduire
permis
raisonnablement
de liens étroits
entre
les
l'hypothèse
et
de
la
sorcellerie
de
croyances
pratiques
l'époque

65 Civilisations

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de végétaux puissamment
l'utilisation
des procès,
la
trame
et
intoxicants
magico-religieuse d'une ou de
plusieurs civilisations antiques.
L'ensemble de ces éléments pouvant être, comme
l'avance W. La Barre, les restes épars d'un archaïque
chamanisme nous suggérerons donc au terme de cette
brève étude que le savoir des sorcières et sages-femmes
du Moyen Age et de la Renaissance pourrait ne
constituer que l'aspect féminind'un très vaste et
importantphénomèneculturel encore très mal connu.

66 Civilisations

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Annales E.S.C. , Paris, mars-avril 1984, No 2, p.
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and London
Ithaca
Middles
1972.
Ages",
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:
"Les
batailles
Paris
1972.
Ginzburg С
nocturnes", Lagrasse 1980.
(4) Forbes T.R. : "The Midwife and the Witch", New
Haven and London 1966. a) p. 128; b) p. 117; c) p.
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livre III, p. 283.

Paris,

:
subtilité
"De la
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admirables", Paris, 1558, p. 356.

des

1567,
choses

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chap. 3, p. 27.
(8) Porta J.B. :
II - XVII.

"Magie naturelle", Rouen, 1612, livre

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York, 1973, p. 128, Forbes T.R. o.e. p. 121.

67 Civilisations

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(10)

La Barre Vf. : - Hallucinogens
and Shamanic Origins
in "Flesh of the gods" P. T. Fürst
of Religion -,
ed., London, 1972, p. 271.

(11)

Nous avons, ces dernières
années, publié plusieurs
à approfondir la
études
visant
connaissance
du
des
de
modificateurs
conscience
dans
le
problème
contexte de l'Europe
ancienne :
Le Court M. :
fait
au
Compte-rendu d'exposé
Séminaire de Roberte Hamayon in , Annuaire
1981Ve
1982 de l'Ecole
Etudes,
Pratique des Hautes
Sciences
T.
Section,
Religieuses,
XC,
paris,
1983,
p. 108.
"De quelques
in aspects des masques européens",
le
au
cours
textes
Oceanie,
long
masque
-,
rassemblés
par F. Lupu, Rennes, 1983, p. 221-231.
"Etude
sur le complexe
de l'Europe
narcotique
ancienne.
Premières
approches anthropologiques",
in Bulletin
du M. A. U.S. S.,
Paris,
1985, No 14, p.
87-118 et No 15, p. 123-152.
"Quelques aspects de la question des modificateurs
de conscience
dans le contexte de l'Europe
ancienin
de la
Bulletin
interne
ne",
"Orient-Occident",
Société
des Etudes Euro-Asiatiques,
Musée
Paris,
de l'Homme, 1985, No 4, p. 1-2.

(12)

Kieckhefer R. :
1976, p. 96-97.

(13)

: "Contribution
Katz I.
à l'étude
enivrante : Lolium Temulentum L.",
Fédérale
de Zurich,
Polytechnique
1949.

(14)

Jacob H.E. : "Histoire
du pain",
Paris,
1954, p.
124-127.
:
Article
in
Raige Delorme
"Seigle
ergoté",
de médecine...",
"Dictionnaire
t. 28, Paris,
1844,
p. 266-293.

"European

Witch Trials",

London,

de l'ivraïe
Ecole
thèse,
Langensalza,

68 Civilisations

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154.
(15) Shorter E. :
p. 175.
(16) Gelis J. :
175.

"Le pain sauvage", Paris, 1981, p.
"Le corps des femmes", Paris, 1984,

"L'arbre et le fruit", Paris, 1984, p.

(17) ZmidgrodzkiM. de : "La mère et l'enfant", in
Revue des Traditions Populaires, T.V., Paris,
1890, p. 390.
(18) Trousseau A. : Article "Belladone", in "Dictionnaire de médecine...",
T. 5., Paris, 1833, a) p.
195, b) p. 192-193.
(19) Laguna A. : "Materia Medica",
M.J., o.e., p. 135.

cité

par Harner

(20) Richard A. : Article "Mandragore"in Diet, de Med.
o.e. T. 19. Paris 1839, p. 116-117.
(21) Gelis J., o.e. p. 235.
Avalon J. : "Les éponges somnifères", in Esculape,
Paris 1928, p. 251 et sv.
(22) Gubernatis A. de : "La Mythologie des
Paris 1878-1882, v. 2 p. 216 sv.

Plantes",

(23) Frazer J.G. : "Jacob and the Mandrakes"in "Folk
Lore of the Old Testament, London 1919, a) v.2, p.
397, b) v.2, p. 375 note 6.
(24) Bouquet J. : "Figures de la mandragore, plante
démoniaque", Paris 1936, p. 11-17.
(25) NynauldJ. de : o.e.,
"composition et usage du
premier onguent des sorciers", p. 27-33.

69 Civilisations

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(26) BergamoJ. de : cité par Harner M.J. o.e.,
131.
(27) Harner M.J. : o.e.,

p. 130-

p. 131.

(28) Raige-Delorme : Artide "Jusquiame" in Diet,
Med. o.e., T. 17, paris 1838, p. 328.

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de

SUMMARY
The accusations levelled at midwivesat the time
of the Witches1 Trials have led us to examine the
recipes for witches1 salves that have come downto us,
and to ascertain that a not inconsiderable number of
the herbs used were powerful intoxicants and plants
known since Antiquity for their ability to contribute
to childbirth and abortions, and to cure certain female
ailments. If we take this data within the context of
anthropological approaches to the question of voluntary
ritual intoxication and rememberthe existence of
sorcerers, we can suggest that this botanical knowledge
may only represent the female aspect of a vast and as
yet badly knowncultural phenomenon.

71 Civilisations

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